Coûts

Globalement, le programme Rafale, d'un point de vue technique, des premiers essais à aujourd'hui s'est déroulé parfaitement. Mais au niveau des coûts du programme, qu'est-ce que cela donne ? Il n'est pas rare d'entendre ou de lire que le Rafale est "trop cher", "qu'il coute cher au contribuable français" etc... Mais aujourd'hui, à partir de quel moment peut-on considérer qu'un avion de chasse est cher ? Qu'en est-il réellement du Rafale ? Et bien cela dépend, et de nombreuses variables entrent en compte. Explications...

Où en est le programme actuellement ?

Avant d'étudier précisément les coûts, il faut savoir quel est actuellement l'avancée du programme. L'Armée de l'Air et le Marine réunies expriment aujourd'hui un besoin total de 286 Rafale à terme (58 pour la Marine et 228 pour l'Armée de l'Air), alors qu'il était de 320 appareils quelques années pkus tôt . Mais la DGA n'en n'a pas commandé autant pour le moment: seulement 180 appareils ont été demandés à Dassault. La commande, de 180 avions donc, s'est répartie en 4 tranches. La première tranche de 13 appareils a été commandée à Dassault en 1997, suivie en 1999 par une deuxième tranche de 48 appareils. En 2004, c'est 59 appareils supplémentaires qui sont commandés pour constituer une troisième tranche. On est alors à 120 appareils commandés. Fin 2012, environ 115 appareils ont été livrés (moyenne de 11 par an). Avec les livraisons effectuées début 2013, on est tout proche de ces 120 exemplaires commandés, mais avec les appareils perdus dans les accidents (rappel: 1 Rafale B et 4 Rafale M), la France dispose de 5 appareils de moins que ce qu'elle a reçu.

Remarque: Dans ces chiffres, on ne compte pas les prototypes ( Rafale A, Rafale C01, Rafale B01, Rafale M01 et Rfaale M02)

Ci dessous, les derniers Rafale livrés à notre connaissance: de gauche à droite, le C-139, le M-38 et le B-338

179287.jpg 184707.jpg B338.jpg

La livraison va alors rentrer courant 2013 dans la 4e tranche de commande de 60 Rafale, passée en 2009. Les 180 Rafale aujourd'hui commandés se décomposent donc de la façon suivante: 69 Rafale C, 63 Rafale B et 48 Rafale M. Si les 286 appareils voulus au total sont un jour commandés, la décomposition sera la suivante: 110 Rafale B, 118 Rafale C et 58 Rafale M.

Rafale commandes-livraisons.jpg

La cadence de livraison est maintenue volontairement à 11 appareils par an pour le moment afin de maintenir une activité industrielle stable dans les usines Dassault, en attente d'un éventuel contrat à l'exportation qui pourrait permettre d'augmenter la cadence. A ce rythme là, la France aura reçu ses 180 avions en 2018.

Tous les Rafale M F2 ont été mis au standard F3 (retrofités) , mais les 10 Rafale M F1 subissent actuellement le "rétrofit F1-F3" et ne sont donc pas opérationnels. Les Rafale de l'Armée de l'Air sont actuellement tous opérationnels.

Coût du programme - coût à l'unité - coût à l'heure de vol

Puisqu'il faut entrer dans le vif du sujet, allons-y. Le coût du programme Rafale (plusieurs fois réévalué ces dernières années), tel qu'il est annoncé par le Sénat fin 2012 est de 44,2 milliards d'Euros. Cette somme comprend la recherche, le développement et la production des Rafale; le coût unitaire moyen (HT) est alors d'environ 112 millions d'euros. Les chiffres communiqués concernant les coûts unitaires (HT, puisqu'il est inutile d'évoquer un coût TTC car l'argent sort et revient dans les caisses de l'Etat) hors recherche et développement sont les suivants: 71,2 millions d'euros pour le Rafale B, 66,2 millions d'euros pour le Rafale C et 76,1 millions d'euros  pour le Rafale M. Mais  tous ces chiffres, qui ont pris en compte l'inflation depuis le lancement du programme, sont calculés pour toute la durée du programme et ne sont (seront) valables qu'au cas où le programme Rafale va à son terme et que la France recevrait 286 appareils. Si le programme venait à être abandonné avant une livraison de 286 appareils, le prix unitaire augmenterait alors inévitablement.

En ce qui concerne le coût d'une heure de vol, c'est plus compliqué. On sait rarement avec précision les données qui entrent en compte de ce calcul qui est pourtant très souvent utilisé, certains prennent en compte uniquement le coût du carburant, d'autres y ajoutent les coûts des infrastructures et du personnel (mécaniciens, pilotes, armuriers...) nécessaires au vol. On peut aussi parfois prendre en compte les actions des ravitailleurs par exmple... En 2006, le ministère de la Défense chiffrait à 39 000 euros l'heure de vol (en comptant le carburant, le personnel etc...). En 2010, l'heure de vol était estimée à 26 000 euros. Les prévisions pour 2012 étaient alors de 10 000 euros pour un Rafale "Air" et 7 000 euros pour un Rafale Marine (logique car celui ci est entré en service plus tôt). Il semblerait qu'aujourd'hui, en 2013, on soirt très proche de ces chiffres. Ces gains sont notamment obtenus par les évolutions du moteur M-88 et des améliorations effectuées par Dassault. L'utilisation d'armement lors d'une mission est bien sur exclu de ce calcul.

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Par rapport aux autres...

Le programme Rafale est incontestablement le plus cher de l'histoire de l'aviation armée française, c'est vrai. Mais il ne faut pas oublier qu'à lui seul il assure ce que faisaient plusieurs avions auparavant grâce à son caractère omnirôle, et cette donnée est oubliée par beaucoup de personnes qui évoquent tous les prix autour du Rafale. On peut tout de même dire qu'une heure de vol de Mirage 2000 coûte de 2000 à 3000 euros de moins que sur Rafale.

De plus, aujourd'hui, ce n'est pas vraiment avec ses prédecesseurs qu'il faut le comparer, mais plutôt avec ce qui est "comparable"  dans les autres armées du monde. Le tableau ci-dessous a été fourni lors de l'intervention de Charles Edelstenne (PDG de Dassault) devant l'Assemblée Nationale en 2012, il nous permet quelques comparaisons...

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Les avions ici évoqués sont ceux qui sont entrés au service au 21e siècle, et qui sont donc comparables au Rafale. On note déjà que dans tous les cas, le Rafale est moins cher que ses concurrents ici présentés,  Autre point important et dont on ne parle pas souvent, la maîtrise des coûts. On voit que le programme Rafale, contrairement aux autres, n'a pas vu son budget exploser entre le début de la production en série et aujourd'hui, ce qui est remarquable. La dérive des coûts est assez consternante pour les autres avions, et le pire est peut-être à venir avec le F35, véritable gouffre financier, alors que sa production n'est même pas commencée et que le nombre de quantité prévues est énorme. Beaucoup de pays, le Canada notamment, commencent à regretter leur choix de collaborer dans le programme F35, et ce dernier pourrait voir ses commandes diminuer (si le programme aboutit un jour, celui-ci fait en effet de plus en plus polémique aux Etats-Unis et dans les pays partenaires vu la tournure économique catastrophique que prend l'affaire). Deux exemples d'artcile sur ce sujet: 1 2. En regardant le cas de l'Eurofighter (article intéressant à lire sur le sujet), on se dit que la France a fait le bon choix en refusant de s'intégrer dans ce projet européen, dont le principe de départ -coopérer pour réduire les coûts- a totalement échoué. Le Royaume-Uni a même dû réduire sa commande d'Eurofighter... Pour le F22, c'est sa technologie furtive et donc son entretien conséquent, associé à un faible nombre d'appareils, qui expliquent ses coûts élevés.

Remarque 1: La différence de prix (ici avec développement compris) entre ce que nous évoquions plus haut (112 millions HT en moyenne pour rappel) pour le Rafale et ce que nous voyons ici s'explique par le fait que le calcul du Sénat (celui évoqué plus haut) a été fait comme si tous les Rafale avaient été développés dès le départ au Standard F3 (qui a un prix de dévelopement moyen plus élevé), alors que les Rafale précédents développés au standard F1 et F2 affichaient un coup de développement moyen moindre, d'où une nette différence. Les chiffres du tableau ici se basent sur les rapports de 2010, en les actualisant on obtiendrait un coût unitaire HT d'environ 94 millions d'euros pour le Rafale. 

Remarque 2: On pourrait aussi citer le Gripen, celui-ci affiche un coût unitaire (HT) d'environ 40 millions d'euros, mais avec des performances très nettement en dessous des avions cités ici. Son heure de vol se chiffre autour des 4000 euros. 

Remarque 3: Bien que le Rafale, dans les négociations d'exportation, ait souvent à faire à des avions entrés en service dans les années 1980 (modernisés depuis il est vrai) comme le F16 ou le F/A 18 (en version Super Hornet), il ne nous a pas paru pertinent de les intégrer à cette comparaison de coûts puisqu'une vingtaine d'années les sépare et les contextes de production sont donc différents. On peut tout de même dire que leur prix se situe entre 45 et 85 millions d'euros

Dans ce même rapport, Dassault ne manque pas de rappeler le caractère omnirôle du Rafale qui peut composer à lui seul une flotte de chasseurs d'une armée, contrairement aux autres aéronefs présentés, dont les utilisateurs feront forcément appel à un autre avion en complément.

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A ne pas oublier...

Avec un avion de combat seul, on ne fait pas grand chose... C'est pour cela qu'il ne faut pas oublier que tous les équipements, électroniques ou armés ont aussi un coût de recherche et de production, et celui-ci est conséquent. Il nous est impossible de donner un coût total des armements destinés aux Rafale, d'une part parce que l'on obtient rarement un prix exact des contrats d'armement, et d'autre part parce que les armements dont dispose le Rafale ne lui sont pas uniquement destinés. Les Mirage 2000 utilisent notamment des MICA et les Super-Etendard des GBU par exemple. Néanmoins, pour vous donner une idée des coûts des armes qui équipent le Rafale, nous vous invitons à consulter notre page sur les emports et les armements.

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Si l'on ne modernise pas un avion, on ne peut pas l'utiliser longtemps, et avec tout l'équipement qu'on le souhaite... Les Rafale sont donc régulièrement modernisés et mis au standard supérieur quand celui-ci est disponible. De ce côté là, les chiffres sont donnés. Par exemple le retrofit "F1-F3" de 10 Rafale M est annoncé à 300 millions d'euros, soit plus de 3 avions neufs...

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Affirmer sans réflexion ni analyse de la situation mondiale que le Rafale est trop cher est une erreur totale. Un avion qui, à terme devrait être le seul de la flotte de chasseur français jusqu'à l'horizon 2050, et qui devra assurer toutes les missions envisageables, affichant un prix inférieur à ses concurrents principaux (d'un point de vue technique et opérationnel) ne peut pas être considéré comme "trop cher". D'autant plus quand le programme est maitrisé, et lorsque l'on peut dire que "l'on s'attendait" à un tel prix. Bien sûr, le prix du programme Rafale représente une grande partie du budget de la Défense, mais dire simplement qu'il n'est pas "trop cher" n'est pas suffisant. Le prix d'un programme militaire comme celui-ci reste énorme, et le contribuable français est en droit de s'en plaindre. Mais c'est malheureusement aujourd'hui le prix à payer pour un avion performant capable d'assurer la sécurité d'un Etat et d'effectuer des opérations extérieures...

Il est aussi essentiel de se demander si le programme Rafale ne prend pas tout simplement trop de place dans le budget de la Défense ? Ce qui entrainerait l'Etat a décidé d'arrêter le programme Rafale. C'est à cette question que nous allons plus précisément répondre dans notre soutenance orale.

Le livre blanc de la défense, actuellement en rédaction et qui prend de plus en plus de retard dans sa publication, apportera beaucoup d'éléments de réponse sur ce sujet. 

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