Exportation/Négociations

C'est l'un des gros points noirs du Rafale: l'exportation, et quant à l'une des phrases qui revient le plus souvent à son sujet... "C'est un avion qui ne se vend pas". Voilà qui est dit, mais tentons d'en comprendre les raisons, sur celui qui était prévu comme le plus gros succès à l'exportation pour Dassault. Quels pays le Rafale aurait-il pu équiper, pourquoi cela n'a pas abouti mais aussi quelles sont les négociations et la situation actuelle du Rafale en terme d'exportation ? L'exportation du Rafale est dirigée par le GIE (Groupe d'Intéret Economique) "Rafale International", fondé en avril 1987. 

rafale international

Les échecs...

2002 : Les Pays Bas

4 avions en compétition pour décrocher le contrat avec les Pays Bas, qui doit remplacer ses F16-A :

–  Le F35 (USA)

–  Le Rafale (France)

–  Eurofighter (UK, Allemagne, Espagne, Italie)

–  F16 block 60 (USA)

Le F35 américain remporte les débâts et signe donc l'accord avec les Pays-Bas, qui rejoignent le programme de financement du F35-JSF* de Lockheed-Martin. Le Rafale était jugé sur ce coup là infimement moins performant. Il a reçu une évaluation de 6.95 contre 6.97 pour le F35 (5.83 pour l'Eurofighter et 5.80 pour le F16). En 2009, les Pays-Bas ont annoncé le report de leur commande de 85 F-35A, et le premier protoype qui leur est destiné (F-35 AN-1) a volé en 2012. Les dates de livraison et d'entrée en service sont inconnues, le programme étant extrêmement retardé, de plus en plus contesté et les bugets explosant.

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2002 : La Corée du sud

 Au terme de plusieurs mois de négociations tourmentés, la Corée du Sud choisit un avion pourtant entré en service aux USA plus de 20 ans auparavant: le F15-Eagle de Boeing, dans sa version modernisée, en 40 exemplaires. Même si les militaires coéens auraient préféré le Rafale, le ministre de la défense Sud-Coréen a choisi de privilégier les relations américano-coréennes, pour des raisons de "sécurité nationale". Pas très clair donc, quand on sait que l'appel d'offre original a été modififé pour privilégier le F15... Dassault s'est même dit victime de manoeuvres de déstabilisation. Argument indéniable en faveur du F15, son efficacité prouvée: aucun exemplaire n'a été abattu dans le monde, alors que cet aéronef en a neutralisé plus de 100.

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2005: Singapour

Après deux échecs, Dassault avait bien l'intention de faire bonne figure avec Singapour. Le Charles de Gaulle fera même un détour vers Singapour pour y faire voler ses Rafale M sous les yeux des dirigeants Singapouriens. Le Rafale est en compétition pour remporter un contrat d'une première commande de 40 exemplaires. Mais une fois de plus, le poids politique des Etats-Unis aura joué en faveur du F15-E (baptisé F15-SG pour Singapour). De plus, le Rafale était économiquement défavorisé par un argument monétaire: la faiblesse du dollar face à l'euro avait joué en faveur du F15. En effet, cette donnée avait rendu l'avion américain 20% plus intéressant économiquement que le Rafale. Techniquement, le pod Sniper ou encore le Radar AESA du F15 ont aussi été largement mis en avant par les américains qui ont donc mis les grands moyens pour remporter le contrat.

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2006 : Arabie Saoudite

Cette fois ci, on était moins optimiste du côté de Dassault, l'Arabie Saoudite ayant toujours été un marché réservé aux britanniques et aux américains, les Saoudiens utilisant déjà de nombreux F15 américains et Tornado Britanniques. C'est l'Eurofighter qui est donc choisi pour une commande de 72 exemplaires

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2007 : Maroc

 Sur ce coup là, la France et Dassault ont fait preuve de beaucoup de maladresses impardonnables, offrant des opportunités aux américains qui se sont judicieusement emparés du contrat. On va même jusqu'à dire que la France a perdu un contrat imperdable. Retour sur cette affaire...

Début 2006, alors que l'Algérie vient d'acquérir de nouveaux avions de combats, le Maroc veut alors urgemment moderniser sa flotte aérienne. Proche de la France, le Roi Mohammed VI engage alors des discussions. Plusieurs solutions sont évoquées, et les Marocains finissent par éprouver un fort intérêt pour le Rafale. Le Maroc aurait besoin de 18 appareils vu les performances du Rafale. Le roi marocain promet alors au printemps 2006 au président Chirac d'acheter le Rafale. C'est alors que les négociations commencent. Mais de façon incompréhensible, la DGA et Dassault vont mener chacun de leur côté des négociations. Cette erreur est la première du dossier: Dassault propose un contrat de 1.83 milliards d'euros pour 18 Rafale en juin mais la DGA aurait déjà proposé un montant inférieur de 300 millions d'euros au Maroc. Les responsables militaires marocains estiment alors "ne pas avoir pas su arbitrer entre une approche d'Etat à Etat et un contrat purement commercial mené par l'industriel". Colère du côté de Dassault en apprenant la nouvelle à la fin de l'été 2006

En avril 2007, un protocole d'accord pour l'achat de Rafale subsiste toujours mais lorsque l'Etat français apprend que le Maroc n'a pas le soutien financier qu'on attendait du côté des Emirats Arabes Unis ou de l'Arabie Saoudite, et pourrait avoir des difficultés à financer les avions, la France refuse d'apporter une aide au Maroc. A la fin de son mandat, le président Chirac transmet le dossier non-clos à son successeur. Mais la fin du moi de mai 2007 marque le tournant du dossier, les Américains se glissent dans l'affaire et proposent 24 F-16C/D pour 1.6 milliars d'euros. Durant cet été, les américains ne se privent pas de complimenter les efforts diplomatiques des marocains devant les Nations Unies. En juillet 2007, la France revient à la charge et accepte cette fois de financer les Rafale, toujours au même prix, mais les autorités marocaines ne donnent étrangement pas suite. En Août 2007, les Etats-Unis proposent une aide financière à la hauteur de plus d'un tiers du montant du contrat qu'ils porposent aux marocains, que ceux-ci s'empresseront de signer. En septembre 2007, la France relance une dernière fois le Maroc, en vain, et la visite de Nicolas Sarkozy plus tard dans ce mois n'y changera rien.

La France a donc perdu, en 18 mois, un contrat qui lui tendait les bras et où il n'y a même pas eu d'évaluations. La faute à une succession d'erreurs qui auront été fatales face au savoir-faire politique des Etats-Unis qui privent une fois de plus la France d'une vente de Rafale.

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2011 : Suisse

La Suisse exprimait le besoin de remplacer sa flotte très vieillissante d'une cinquantaine F-5 Tiger en service depuis presque 40 ans. Un chasseur à capacité multirôle est voulu en remplacement: le Rafale, l'Eurofighter et le Gripen entrent alors en compétition pour une demande de 22 exemplaires. Alors que le Rafale remporte facilement les deux séries d'évaluations, suivi par l'Eurofighter, c'est le Gripen "E/F", du constructeur suédois SAAB qui, contre toute attente, est choisi. Ce choix se base sur des raisons financières et non techniques puisque le Gripen est nettement moins performant que ses deux autres concurrents. Le Rafale avait la préférence de l'armée de l'air Suisse, mais des restrictions budgétaires et des affaires politiques au sein du gouvernement Suisse ont conduit au choix du Gripen. Ce dernier sera verra tout de même doter de quelques améliorations comme un radar plus performant mais il n'en reste pas moins que ses capacité sont très limitées, et on se demande bien son intérêt face aux F/A18 dont dispose aussi l'armée de l'air Suisse et qui sont plus performants.

Ci dessous, les résultats des évaluations qui ont de quoi donner des regrets à Dassault tant son avion a surpassé en tous points ses concurrents

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Fin 2012, Dassault est revenu à la charge pour tenter de convaincre la Suisse de changer d'avis et de se tourner vers le Rafale. Pour cela, une offre de 22 appareils à prix équivalent du Gripen (3.1milliards de francs suisses) a été faite. SAAB a ensuite réagi en annonçant une baisse de prix. Affaire à suivre donc, si les Gripen sont maintenus, ils seront livrés à partir de 2018.

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Parmi les autres pays approchés par la France par le Rafale, il y avait la Lybie de Kadhafi qui parut un temps intéressé en 2007 mais qui n'a finalement pas donné suite, avant de connaître l'épisode que l'on sait en 2011. Le sultanat d'Oman a lui commandé quelques Eurofighter, la Pologne des F-16C/D. La Grèce et sa situation économique compliquée se voit dans l'impossibilité de mener quelconque programme militaire. L'Australie, la Norvège et le Danemark ont opté pour la même option que les Pays-Bas, à savoir le programme F35 JSF.

Les dossiers en cours...

La Malaisie:

La Malaisie dispose actuellement de trois flottes d'avions de combat: des Su-30, des F/A-18 et des Mig-29N. C'est cette dernière flotte qui doit être remplacée à l'horizon 2015. Le duel entre Eurofighter, Rafale et Gripen devrait une nouvelle fois avoir lieu, en réponse à l'appel d'offre de 18 appareils. Le Rafale est plébiscité, mais le faible budget défense de cet Etat pourrait peut être faire tourner les débats à l'avantage du Gripen...

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Le Qatar:

Le Qatar exprimerait un besoin de 24 à 36 appareils de combat. En lice, le Rafale donc mais aussi l'Eurofighter, le F-15, le F-16 et le F/A-18. Les Qatarisdevraient entrer prochainement en négociations exclusives pour l'un de ces appareils, et le Rafale a une bonne carte à jouer. 12 Mirage 2000-5 seront aussi à remplacer à l'avenir, un repreneur pour ceux-ci sera néanmoins à trouver. 

Très récemment en février 2013, Air&Cosmos annonce que les missions d'évaluation conduites à l'été 2012 ont conclu à une supériorité du Rafale face aux F/A-18 et F-15. Une bonne nouvelle donc. 

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Le Koweit:

Là encore, un besoin d'une vingtaine d'appareils serait exprimé. 

Les Emirats Arabes Unis:

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Dossier très important, son issue va fortement influencer les décisions du Qatar et du Koweit. Ici, il y a 60 Mirage 2000-9 (le plus moderne de la famille Mirage  2000) à remplacer et il faudra leur trouver un repreneur. Un contrat de 60 Rafale peut alors se profiler pour Dassault mais les négociations tournent court fin 2011, lorsque les Emiratis annoncent que l'offre du Rafale est "non compétitive et irréalisable", sans pour autant rejeter totalement le Rafale définitivement... Le Royaume-Uni et David Cameron ont alors fait le forcing pour placer au mieux leur Eurofighter. Le dossier semblait donc perdu mais les négociations ont positivement repris en 2013, après la visite de François Hollande et une intervention de Dassault, avec l'espoir d'une conclusion positive. Le RBE2 AESA pesera surement beaucoup dans le choix, tout comme la possibilité de doter les Rafale de réacteurs M-88 améliorés avec 90kn de poussée max.

Selon Air & Cosmos; les Emirats Arabes Unis (EAU) ont signé, le 19 avril 2013, un accord avec les USA pour l'achat supplémentaire de la dernière version de F-16 américains (F-16E/F Block 60), au nombre de 25 exemplaires. Les EAU disposaient déjà de 80 F-16 depuis le début des années 2000, en complément des Mirage 2000-9 évoqués plus haut. Ceux-ci sont toujours à remplacer, mais si un jour, le Rafale remporte un contrat aux EAU, il sera à coup sûr moins conséquent qu'escompté auparavant. Les USA ont encore prouvé leur savoir faire et leur opportunisme pour vendre leur avion, et montrent que leur influence au Moyen-Orient est toujours importante.  




L'Algérie:

L'Algérie a l'intention de moderniser sa flotte de chasseurs. Le point de chute des Mirage 2000-9 Emiratis pourrait bien être là... Mais ce n'est pas tout, celle-ci voudrait également des Rafale pour en tout, acquérir un total de 80 appareils de combat. 

Source

Le Canada:

Le Canada a pour intention de remplacer sa flotte de CF-18 âgée de 30 ans. Alors que le gouvernement canadien s'était directement tourné vers l'achat de 65 F-35 américains, sans même aucun appel d'offres, ce qui fut contesté au Canada. Mais au vu de la tournure que prend le programme F-35, l'achat par le Canada a été remis en cause et fin janvier 2013, le Canada aurait contacté des avionneurs dont Dassault et le Rafale pourrait donc se retrouver en Amérique du Nord... Nous en sommes qu'au tout début, et il y aura encore bien du chemin pour y arriver.

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Le Brésil:

Projet compliqué à rebondissements dans le cas du Brésil, qui a lancé l'appel d'offres nommé FX-2 pour l'acquisition de 36 appareils. Le projet a débuté en 2001 avant d'être interrompu puis relancé en 2008. Sont retenus pour répondre à cet appel; le Rafale, le Gripen et le F/A18. Dassault a accepté un important transfert de technologie vers le Brésil pour le bien du contrat, et le Rafale était fortement soutenu par l'ex président Lula. Les industriels brésiliens  sont opposés au Rafale, ils le trouvent notamment trop onéreux et il dépasserait les besoins brésiliens. L'armée brésilienne est quant à elle partagée sur le Rafale. En 2009, le contrat semblait pourtant promis à la France mais les choses ont bien changé depuis, les restrictions budgétaires privilégieraient maintenant le Gripen. On reproche à Dassault une présence trop faible et un manque d'explications au Brésil sur ce contrat, qui pense que la maintenance du Rafale va pomper tout son budget. Le Rafale a néanmoins des atouts à faire valoir: son avance technologique par rapport à ses concurrents, et le Brésil pourrait se porter sur l'acquisition de Rafale M pour son porte avions Sao Paulo (l'ancien Foch revendu par la France et sur lequel le Rafale a été testé), d'autant plus que le Brésil souhaite protéger ses exploitations pétrolières mariens. En décembre 2012, la présidente brésilienne Rousseff estime que le choix prendra encore un certain temps, mais la venue de la chef d'Etat brésilienne en France s'est avérée positive pour le Rafale. On sait que le Brésil regarde beaucoup ce qui passe du côté de l'Inde au sujet du Rafale...

Le site internet officiel

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L'Inde:

Le 31 janvier 2012, l'annonce de la victoire du Rafale dans la compétition MMRCA (Medium Multi-Role Combat Aircraft), et l'entrée en négociations exclusives de l'Inde avec Dassault pour un contrat gigantesque de 126 appareils donne une opportunité considérable à la France pour enfin vendre son avion. Pour remplacer de très anciens Mig-21, le Rafale a surpassé aux évaluations l'Eurofighter, le F-16, le F/A-18, le Gripen et le Mig-35, dans des sélections qui avaient débuté en 2009. Le contrat de 12 milliards de dollars doit ensuite être conclu fin 2012 selon les prévisions, mais les négociations sont plus longues que prévues. Tout est basé sur le transfert de technologie, la France devrait produire les premiers appareils destinés à l'Inde mais ensuite la totalité des aéronefs devra être produite en Inde, cela représente donc d'importantes concessions pour Dassault. En janvier 2013, l'Inde souhaite porter son acquisition sur 63 Rafale supplémentaires en option, pour un contrat qui grimperait à 18 milliars de dollars et du côté de l'Inde comme chez Dassault, on déclare que les négociations avancent positivement, et que tout devrait être conclu à l'été 2013. Le président François Hollande s'est d'ailleurs rendu en Inde en février 2013 en compagnie des industriels français pour notamment évoquer les avancées des négociations. Quand on sait que de nombreux pays évoqués plus haut attendent le dénouement de ce contrat pour faire leur choix, on comprend toute l'importance du dénouement. L'Inde pourrait bien être l'élément déclencheur, enfin, d'une exportation tant espérée du Rafale.

 Site internet officiel

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Vous l'aurez compris, vendre un avion de chasse est quelque chose de bien compliqué. C'est un processus long qui se fait sur plusieurs années, et où de nombreuses variables entrent en compte. Le Rafale a lui été victime de la volonté des Américains "d'étouffer le marché", et qui font parler leur savoir-faire et leur opportunisme à chaque négociation. Mais Dassault et l'Etat français ont aussi leur part de responsabilité dans cette longue série d'échecs, qu'on peut difficilement attribuer à l'avion en lui-même. Il va falloir redresser la pente rapidement avec le contrat indien pour espérer enfin remplir le carnet de commandes. Si toutefois aucun exportation ne venait à se réaliser, le programme Rafale pourrait voir son budget diminuer, ce qui signifie que les développements pour améliorer l'avion français seront probablement moins nombreux, et l'avion perdrait alors progressivement en qualité et en compétitivité. L'exportation, c'est donc le point clé de la continuation du programme Rafale...

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