Origine du programme

 

Au milieu des années 1970, l'équipement de chasseurs de l'Armée de l'Air française est très diversifié : 

        - Les Mirage III C et III B (environ 150 appareils utilisés depuis les années 60) sont peu à peu remplacés par le Mirage F1 C à partir de fin 1973

        - Le Mirage III E (environ 180 exemplaires) assure les missions d'attaque au sol à basse altitude 

        - Les Mirage III R et RD se chargent des missions de reconnaissance

        - Depuis 1964, 60 Mirage IV sont en service pour entretenir la dissuasion nucléaire, avec ce bombardier nucléaire stratégique

       - En 1970, le Mirage 5 (en version d'attaque par temps clair) entre en service 

       - Enfin, 1973 marque l'entrée en service des Jaguar A et E, assurant la lutte anti-radar, les assauts convetionnels et la frappe nucléaire. Les Mirage F1 font aussi leur arrivée pour des missions d'attaque au sol et de reconnaissance. Le Mirage 2000 est lui en développement.

mirage III.jpeg  mirage IV.jpg Jaguar.jpeg Mirage F1.jpg

L'Armée de l'Air apparait donc alors dépassée face aux appareils Américains (F-15/F-16) et Soviétiques (MiG-29/Su-27), déjà en service où à venir.

Au niveau de la Marine, la France dispose de F8-Crusader vieillissants et de Dassault Etendard IV. Le Super-Etendard est alors en développement et entrera en service en 1978. Là aussi, la France n'est donc pas au niveau des Américains qui viennent de recevoir le F-14, avion multirôle embarqué.

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Remarque : Le Jaguar est le seul chasseur de l'armée de l'air à ne pas avoir été entièrement produit par Dassault Aviation, preuve de l'importance de cet avionneur dans l'Histoire militaire Française. Le Crusader est lui de conception entièrement américaine.

    En 1977, le Ministère de la Défense conduit alors l'étude d'un ACT (Avion de Combat Tactique) pour répondre aux besoins de l'Armée de l'Air dans les années à venir. Une coopération avec la RFA et le Royaume-Uni débute mais, déjà, les envies divergent entre la France et les autres Etats. La France a l'idée d'un chasseur bombardier multirôle alors que la RFA et le Royaume-Uni se tournent plutôt vers un chasseur pur destiné principalement à de la défense aérienne, qui remplacerait leurs F-4 Phantom.

    En 1978, l'étude de l'ACM, pour la Marine, vient s'ajouter à celle de l'ACT. Le marché de l'ACT/ACM est obtenu par AMDBA (Avions Marcel Dassault - Breguet Aviation). La coopération avec la RFA et le Royaume-Uni est toujours d'actualité, maintenue respectivement par MBB et British Aerospace. Ces trois entreprises coopèrent donc et établissent un premier cahier des charges, répondant aux besoins de tous dans un projet commun. Quelques aspects généraux apparaissent : le modèle envisagé est un biréacteur à aile delta couplée à des plans canards, pouvant atteindre Mach 2, évoluant jusqu'à 15000m, avec des commandes de vol électriques. L'année 1992 est même évoquée comme date de livraison de l'appareil... 

    En 1980, les plus grosses divergences sur le projet apparaissent, surtout au niveau de la motorisation : la France opterait pour deux Snecma M-88, la RFA pour deux General Eletric F404 et le Royaume-Uni pour deux Turbo-Union RB199. Ces différentes motorisations ont des grosses conséquences sur la masse de l'avion (de 8.5 tonnes pour la France, jusqu'à 12.5 tonnes pour le Royaume-Uni), et sont sujettes à des controverses entre les Etats. 

    En 1983, alors que la France lance officiellement seule le projet ACX (Avion de Combat eXpérimental), le Royaume-uni est rejoint par la RFA pour lancer l'EAP (Experimental Aircraft Program). Le Royaume-Uni confirme donc son envie d'un aéronef à prédominance air-air capable d'atteindre "le rideau de fer" alors que, dans le même temps, la France se tourne plutôt vers un avion omnirôle (=multirôles). Cet appareil omnirôle voulu par la France doit pouvoir remplacer à terme plusieurs types d'avions utilisées par les forces armées Françaises : Le Mirage IV, le Mirage F1, le Jaguar, le Mirage 2000, le Crusader et le Super-Etendard. Ainsi, il serait capable d'effectuer l'ensemble des missions suivantes:

          - Frappe nucléaire

          - Défense et supériorité aérienne

          - Appui-feu rapproché

          - Attaque d'objectifs maritimes ou terrestres avec armement classique tous temps

          - Reconnaissance aérienne à la mer et à la terre

          - Assaut Mer/Terre

          - Frappes Air-Sol de précision

          - Missions d'interdiction 

    Néanmoins, une coopération subsiste toujours, avec la signature de deux accords : Outline European Staff Target (OEST) en décembre 1983 et European Staff Target for a European Fighter Aircraft (EST-EFA) en octobre 1984. Cette coopération voit l'arrivée de deux nouveaux pays : l'Italie et l'Espagne. On note surtout qu'à travers cette coopération, les Etats ont l'envie d'utiliser des matériaux novateurs tels que le carbone, le titane, le Kevlar, le lithium...

    En Aout 1985, Charles Hernu, alors ministre Français de la Défense, annonce la sortie de la France du programme EST-EFA. Cette rupture conduit au lancement de deux programmes : L'Eurofighter Typhoon qui implique le Royaume-Uni, la RFA, l'Espagne et l'Italie et de l'autre côté, la France avec le Rafale. Après plusieurs mois d'études s'inscrivant dans le pogramme ACX, le premier avion dénommé "Rafale A" sort d'usine en décembre 1985 et ce démonstrateur "Rafale A" effectue son premier vol le 4 juillet 1986, atteignant Mach 1.32 à plus de 10 000m d'altitude et des facteurs de charge de 5g. L'histoire du Rafale est lancée ! 


        

rafale-a-premier-vol.jpg rafale-A.jpg

Pour mieux comprendre...

Schéma1

Schéma2

L'aéronavale aurait pu ne jamais avoir de Rafale...

L'aéronavale française dans les années 1980, ce sont des F-8 Crusader très vieillisants, presque obsolètes, des Etendard IV à la moitié de leur vie, et quelques Super-Etendard qui viennent d'entrer en service, mais dont les capacités sont limitées, et dont on sait qu'ils ne seront plus tellement adaptés à l'aube des années 2000. Bref, l'avenir ne semble pas très glorieux pour l'aéronavale française et ses porte-avions Foch et Clémenceau, qui fait savoir son mécontentement auprès des autorités françaises : elle veut disposer d'une flotte performante et polyvalente le plus rapidement possible ! Attendre les années 2000 pour recevoir le Rafale ne leur convient pas et elle le fait savoir. 

Alors, la Marine française envisage la possibilité de se fournir outre-atlantique : le F/A-18 Hornet américain vient d'entrer en service et il offre toutes les caractéristiques recherchées : polyvalence, performance, un coût intéressant, des évolutions dans le temps... Le contrat avec les Etats-Unis se profile donc fortement. 

Mais cela ne plait pas du tout à a société Dassault qui ne voit pas d'un bon oeil l'arrivée de nouveaux avions américains en France alors qu'elle a presque un monopole total sur la chasse française. C'est un énorme contrat qui lui échapperait... C'est pourquoi Dassault va exercer une énorme pression sur le gouvernement et les autorités armées pour que le Rafale prenne place dans l'aéronavale française. Un lobby qui sera déterminant puisque Dassault obtiendra le contrat pour fournir la Marine avec des Rafale. Mais cela ne s'est pas fait sans concession : Dassault a du s'engager à améliorer considérablement les Super-Etendard, pour prolonger leur durée de vie et leur capacités, qui deviendront les Super-Etendard Modernisés. Aussi, Dassault a du s'efforcer à fournir la version Marine du Rafale au plus vite, avant les versions de l'armée de l'air, et donc axer son développement principalement sur la version Marine. Ce sera chose faite puisque ce sont les Rafale Marine qui seront livrés en premier, début 2000. 

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